Il est presque une heure et voilà que je me pose.
Il est presque une heure, mais pourtant, je ne saurais pas aller dormir maintenant.
Il faut d'abord que je me remette de cette journée, ou plutôt de ce début de nuit, plein d'émotions.
Car ce soir, deux petites flammes de vie se sont allumées.
Et j'étais là.
Quelques minutes avant la fin de mon service, à 21 heures, le Quartier d'Accouchement téléphone dans le service. Il faut dire que Maud et moi, on les a un peu harcelés pour qu'ils nous préviennent dès qu'un accouchement s'annonce.
Un bébé pointera le bout de son nez. Peut-être pas tout de suite, mais il va venir ce soir. C'est décidé, je reste.
Cet accouchement s'annonce peu évident, une grosse barrière nous séparant de la future maman : L'incompréhension de la langue.
Et pourtant, tout est magnifique.
Donner la vie, c'est le plus précieux des cadeaux. Pouvoir y assister, accompagner cette maman -toutes les mamans même, c'est un privilège.
L'enfant pousse son premier cri vers 22h15. Et j'ai la chance de pouvoir réaliser une partie des soins du bébé, de couper son cordon, et au final, de le prendre dans mes bras, le temps que sa maman récupère un peu.
Une de mes jeunes profs, terminant à ce moment son service au Quartier, m'annonce en riant que si je veux, il y a une césarienne qui se prépare tout doucement. Et moi de sauter sur l'occasion : Je veux en être !
23h20, ma seconde maman, que je tente de rassurer du mieux que je peux, est installée sur la table de césarienne.
Je lui souris, et j'espère que malgré le masque de protection, elle le voit dans mes yeux.
Je lui serre la main, autant pour me donner un peu de courage que pour la réconforter.
Je lui dis les mots que je souhaiterais entendre si je devais un jour être allongée à sa place.
Et je pense fort à une amie qui a du y passer, il y a juste quelques mois de ça.
Deux sages-femmes assistent les médecins; l'une d'entre elles me guide, m'indique la meilleure place pour voir l'opération, me donne des conseils au cas où je ne me sentirais pas très bien. Je ne détourne pas le regard, je ne fais même presque pas attention à ce ventre béant. Faites-vous vraiment attention à l'emballage d'un cadeau que vous avez vraiment envie d'ouvrir ? Non.
Et bien voilà : Je n'attendais que de voir la petite tête jaillir, guidée par les grandes mains du gynéco. Je n'attendais que d'entendre ce premier cri, sacré, d'entrée dans ce monde. Et je n'ai pas été déçue.
Tellement émue, je n'ai pas su féliciter les jeunes parents avant quelques minutes. Ma gorge trop serrée. Mes mains aussi, nouées dans le dos, tordues, enchevêtrées.
On emmène le bébé pour ses premiers soins, et surtout pour lui vider l'estomac du liquide amniotique.
Et la maman. Toujours sur la table. Elle a juste entendu crier son enfant. Alors je retourne près d'elle, lui annonce qu'elle a un magnifique bébé. Qu'il arrive, on le fait tout beau pour la voir.
J'ai choisi le plus beau métier du monde. Ou plutôt...
Le plus beau métier du monde m'a choisie !