Travailler pendant quatre ans dans un même endroit, ça crée des liens.
Avec les collègues, mais aussi avec les clients réguliers. Et quand la clientèle d'habitués est composée majoritairement de personnes âgées, vous avez même l'impression d'avoir plein de grands-parents d'adoption.
Et puis on arrête de bosser là, du jour au lendemain. Et quand on ne porte pas l'uniforme, en rue, ces grands-parents de substitution ne vous reconnaissent pas.
Sauf quelques uns...
MonsieurF. est l'un de ceux-ci.
Tous les vendredis matin, il venait jouer aux cartes en compagnie de cinq de ses amis. Ils respiraient tous la bonne humeur, et avaient toujours un peu d'humour en réserve.
Plus d'un an plus tard, je suis retombée sur MonsieurF.. Ou plutôt, MonsieurF. a failli me tomber dessus, au coin d'une rue. Je l'ai rattrapé in extremis. Et nous avons papoté. Je lui ai parlé de mon nouveau boulot, il m'a annoncé que leur petit groupe ne comptait désormais plus que trois membres. Et nous nous sommes quittés sur la promesse de se revoir, un jour, au détour d'une rue.
Eh bien, il est venu peu de temps après me rendre visite au magasin qui m'employait.
Et le temps a passé.
Nous nous sommes parfois croisé en coup de vent.
Jusqu'à il y a deux semaines et demi. En sortant du resto où je donnais un coup de main un samedi midi, sur qui tombé-je ?! Mon petit MonsieurF. qui étudiait la carte.
Toujours bon pied, bon œil. MonsieurF. voulait réserver une table. Nous avons discuté, je lui ai appris que je travaillais également à l'Orchestre. Il m'a demandé ce qu'on jouait comme musique "mais pas trop du contemporain, je ne suis pas fan !". Et je lui ai proposé de venir aux journées portes ouvertes. Nous nous sommes échangés nos numéros.
MonsieurF. m'a téléphoné ce matin. Pour savoir si j'étais prête pour la rentrée. Pour m'encourager.
Et même que ce week-end on ira boire un café.
Avec un grand plaisir !
